Lancé en 2018 dans le cadre du programme national « Zéro bidonville », le Projet de Développement Urbain Intégré (PDUI) transforme non seulement l’esthétique urbaine des quartiers précaires de la commune de Balbala mais améliore également le quotidien des populations des secteurs bénéficiaires. De PK 12 à Layabley et Moustiquaire en passant par Wahlé Daba, la métamorphose est spectaculaire. Financé par l’Agence Française de Développement (AFD) et mis en œuvre par l’Agence Djiboutienne de Développement Social (ADDS), ce projet multidimensionnel conjugue désenclavement, installations d’infrastructures socio-économiques et sécuritaires, renforcement de capacité du tissu associatif local et amélioration de cadre de vie des habitants, des concepts prioritaires de la Vision Djibouti 2035 impulsée par le Président de la République, Son Excellence M. Ismaïl Omar Guelleh.
Les sécheresses dues aux changements climatiques ont provoqué un important exode rural à Djibouti. Ce phénomène est particulièrement visible dans plusieurs secteurs de la commune de Balbala, qui juste après l’indépendance du pays en 1977, ont connu une urbanisation rapide. Aujourd’hui, cette commune concentre plus de la moitié de la population de la capitale et abrite les situations les plus critiques en matière de pauvreté et d’accès aux services essentiels. Les quartiers PK 12, Wahlé Daba ainsi que Layabley, Moustiquaire et leurs alentours, en font partie. Urbanisés de manière spontanée, souvent en dehors de tout cadre réglementaire, ces quartiers figuraient parmi les plus vulnérables. Les habitants y étaient confrontés à la précarité, à l’insécurité et notamment au chômage.
Face à cette situation préoccupante, le gouvernement djiboutien, bénéficiaire d’une subvention de 5.5 millions d’Euros de l’Agence Française de Développement (AFD), initie un programme d’envergure baptisé « Zéro bidonville ». Mise en œuvre par le ministère de la ville, de l’urbanisme et de l’habitat, l’initiative s’inscrit dans la Vision Djibouti 2035 impulsée par le Président de la République, Son Excellence M. Ismaïl Omar Guelleh, en vue d’éradiquer d’ici 2035 de la capitale, les quartiers informels. Sa réalisation est confiée à l’Agence Djiboutienne de Développement Social (ADDS). Une institution sous la tutelle du ministère des Affaires Sociales et des Solidarités (MASS), spécialisée dans la concrétisation des projets à caractère social du gouvernement.
C’est dans le cadre de ce partenariat tripartite qu’a germé l’idée d’un Développement Urbain Intégré (PDUI). Le projet est porteur d’une série d’actions répondant aux besoins formulés par les populations aussi bien dans le domaine socio-économique et sécuritaire que celui de la lutte contre le chômage des jeunes et des femmes.
« Ici on a affaire à un projet intégré, il ne s’agit pas de construire seulement des infrastructures, il y a le développement communautaire, il y a le développement social, il y a le renforcement des capacités des élus, il y a la bonne gouvernance » explique le directeur général de l’ADDS, Mahdi Mohamed Djama, dans une vidéo publiée par l’AFD sur YouTube.
Après une phase pilote couronnée de succès en 2008 à PK12, le modèle confirme sa pertinence et son efficacité à Wahlé Daba, quatre ans plus tard.
« Avant, nous vivions dans la misère. Il n’y avait ni électricité, ni eau courante, ni structures sanitaires, et les accouchements à domicile étaient fréquents. Grâce à ce projet, nous avons enfin accès à tous ces services essentiels » témoigne Kadra Darar, une habitante du quartier Wahlé Daba.
« Lorsque nous avons emménagé pour la première fois dans ce quartier, nous utilisions un tuyau de 500 mètres et devions nous lever vers 2 heures du matin, parfois même à 3 heures, pour avoir de l’eau. Mais aujourd’hui, l’eau du robinet coule chez-moi » confirme sa voisine Mariam Ahmed.
« Le temps où les habitants de Wahlé Daba était privés des infrastructures de base, est désormais révolue. Actuellement chaque famille dispose de son propre branchement au réseau de distribution d’eau potable et chaque foyer a accès à l’électricité », déclare dans cette même vidéo, le président de la commune de Balbala de cette époque Youssouf Nouho Hassan.
Après le PDUI à Wahlé Daba, place au PDUI 2 pour Layabley et Moustiquaire
Forte du succès du PDUI, l’ADDS engage une seconde édition de ce projet, pour les autres quartiers précaires de Balbala. Sous la supervision du ministère de la Ville, de l’Urbanisme et du Logement, ainsi que du ministère des Affaires sociales et des Solidarités, cette nouvelle étape cible une vaste zone de 250 hectares située à l’ouest de Balbala, incluant les quartiers de Layabley et de Moustiquaire.
En effet, une étude réalisée par le groupement URBAPLAN/ICCA, financée par l’AFD, révèle que « près de 85 % des logements de ces quartiers sont des abris de fortune en tôle, en bois ou parfois des tentes. Leurs occupants manquent d’infrastructures de base telles que les routes, l’eau et l’électricité. Moins de 15 % des ménages disposent d’une connexion au réseau d’eau potable ou d’un titre foncier, et moins de 2 % sont motorisés. Les infrastructures sociales et de sécurité y sont quasi inexistantes. » Ce diagnostic met en évidence la précarité extrême du secteur, qui représente désormais une zone prioritaire d’intervention.
De ce constat est né le PDUI 2, un projet encore plus ambitieux que son prédécesseur, lequel associe désenclavement, développement social et intégration économique.
Convaincue du succès du projet initial mis en œuvre à Wahlé Daba, l’AFD, partenaire stratégique du gouvernement djiboutien dans le cadre de ce programme de lutte contre la pauvreté, renouvèle sa confiance en accordant en janvier 2018 un financement de 6 millions d’euros, soit plus de 1,245 milliard de francs djiboutiens, pour concrétiser cette seconde phase
Après des études de faisabilité, l’identification et la mise en place d’un comité directeur, des discussions avec les bénéficiaires, la formation d’un comité de quartier pour recueillir les attentes et besoins spécifiques, l’élaboration du plan cadastral, …etc, l’ADDS dévoile le 20 décembre 2020 à ses partenaires techniques et financiers les tenants et aboutissants du PDUI 2 avant de lancer officiellement en 2021, les travaux de ce projet d’envergure.
Deux ans plus tard, la métamorphose est spectaculaire. Les réalisations du PDUI 2 et son prolongement le PDUI 2 bis sont nombreuses. Les petits sentiers entre les habitations ont laissé place à des axes routiers structurants, tels que le boulevard Assamo (dit « axe des 60 m »), et la voie de liaison entre l’avenue Mouhoulé et le boulevard Gagaddé connectant Layabley et Moustiquaire aux artères principales de Balbala. L’éclairage public a percé l’obscurité des nuits, apportant sécurité et dignité aux habitants.
Des dalots ont été construits pour franchir les ravines et faciliter la circulation, notamment en saison des pluies. Deux ponts piétonniers permettent désormais aux habitants de rejoindre plus facilement les écoles et les équipements publics du secteur.
Mais ce n’est pas tout, le changement est notamment plus profond. Dans les sous-sols, les conduites d’eau potable ont été étendues, permettant à des centaines de familles d’accéder enfin à cette ressource précieuse. Les réalisations dans ce domaine sont également énormes. « 3 km de réseau primaire, 3,3 km de réseau secondaire ajouté à environ 450 branchements tertiaires dont 250 branchements sociaux » selon les cadres de l’ADDS. L’électricité, longtemps inaccessible est, désormais elle aussi, acheminée jusque dans les foyers. La tranche ferme des travaux du PDUI 2 et son prolongement le PDUI 2 bis ont à leurs actifs de nombreuses infrastructures publiques bioclimatiques. Parmi elles, un centre de développement communautaire d’environ 1500 m2, des espaces verts, une brigade de gendarmerie pour assurer une meilleure sécurité, bâti sur une zone 600 m², des équipements marchands mixtes dont des boutiques et des étals de vente installés sous un halle de 1700 m², deux aires de jeux pour enfants de 450 m² chacune, trois terrains multisports de 1000 m² dont un avec vestiaire et brise vue réservé à la gente féminine, deux points de regroupement des déchets et même une plateforme de 300 m² permettant de se dérouler en même temps deux match de pétanque, ainsi que plusieurs arrêts de bus dont certains sont équipés d’un kiosque. Ces aménagements favorisent la cohésion sociale, stimulent l’économie locale et redonnent vie aux espaces publics.
Un Fonds de Développement Communautaire pour renforcer le tissu associatif du secteur
Il est à noter que l’un des traits distinctifs du PDUI 2 reste son ancrage communautaire. Car le PDUI2 et son prolongement le PDUI 2 bis n’ont pas seulement à vocation de mettre en place des équipements publics, ils prévoient entre autres, un volet social qui bénéficie d’un financement d’environ 40 millions de nos francs du Fonds de Développement Communautaire (FDC). Lequel permet de renforcer les capacités d’une cinquantaine d’associations de jeunes et de femmes de ces quartiers.
Grâce à ce fonds, l’ADDS a mis en place plus d’une trentaine de projets associatifs dont certains ont permis le facilité l’accès à l’eau potable, l’amélioration de l’hygiène et de la santé publique grâce à la réhabilitation de système d’assainissement individuel, la plantation de plusieurs centaines d’arbre Nyme de Somalie, ainsi la réalisation de nombreuses campagnes de sensibilisation sur l’hygiène et de lutte contre la drogue. Il a également été question pour certaines associations de promouvoir l’autonomisation des jeunes en leur offrant de nouvelles opportunités et en développant des compétences techniques tels que des formations sur la taille et la pose de la pierre ainsi que notamment la conduite de plusieurs catégories de véhicule qui a permis à 72 parmi les jeunes des quartiers bénéficiaires d’avoir leurs permis de conduire.
Et pour atténuer le taux élevé de chômage dans ce secteur, l’ADDS en collaboration avec le MENFOP, le CASAF et la chambre du commerce, a formé plusieurs centaines de jeunes hommes et filles, déscolarisés dans les métiers adaptés aux besoins du territoire tels que la soudure, l’électricité, l’électro-froid, la menuiserie, secrétariat/ documentations, maçonnerie, la coiffure, la couture, la cuisine, mais aussi gestion d’activités génératrices de revenus…etc.
Ces deux volets traduisent une ambition commune. Celle de désenclaver les quartiers périphériques, améliorer le cadre de vie et renforcer les capacités économiques et associatives des populations. Au-delà des infrastructures, ils posent les bases d’un urbanisme où chaque habitant devient acteur du changement.
À Balbala et plus particulièrement dans les quartiers Layabley et Moustiquaire, au-delà des infrastructures, ce sont des dynamiques collectives plus enraciné dans le tissu social, qui émergent.
Entre espoir d’une meilleure condition de vie et résilience, le Projet de Développent Urbain Intégré 2 et son prolongement complémentaire (le PDUI2 bis) dont les travaux se sont achevés en 2024, posent les jalons de l’esthétique urbaine future de la capitale djiboutienne.























