À Layabley et Moustiquaire, deux quartiers de la commune de Balbala, bénéficiaires du Projet de Développement Urbain Intégré II, l’Agence Djiboutienne de Développement Social (ADDS) transforme la manière de construire. Des infrastructures communautaires, commerciales et institutionnelles sortent de terre selon des principes bioclimatiques novateurs.
Reportage sur un chantier où le développement durable a pris forme, bloc après bloc, sous le soleil djiboutien.
Le besoin de savoir un peu plus sur la dimension environnementale du Projet de Développement Urbain Intégré II, financé par l’Agence Française de Développement et mise en œuvre par l’Agence Djiboutienne de Développement Social (ADDS) nous a conduit à Balbala. En approchant des quartiers de Layabley et Moustiquaire, la première impression est celle d’un secteur complètement transformé.
Les traverses poussiéreuses entre les tôles ondulées des habitations, jadis serrées les unes contre les autres, ont laissé place à des routes goudronnées, des arrêts de bus ombragés, de nombreuses zones dédiées à la pétanque, des aires de jeux pour les enfants, des infrastructures commerciales, un Centre de Développement Communautaire (CDC) ainsi qu’une brigade de gendarmerie chargée d’assurer la sécurité des lieux.
La particularité de ces nouvelles structures publiques réside dans leur adaptation au climat local. Elles semblent capter uniquement les rayons nécessaires et rejeter l’excès de chaleur.
Véritable innovation en matière d’architecture bioclimatique, cette initiative s’inscrit dans le cadre du Projet de Développement Urbain Intégré II (PDUI 2), piloté par l’Agence Djiboutienne de Développement Social (ADDS)dans les quartiers de Layabley et Moustiquaire à Balbala, soutenu par l’AFD.
Trois typologies, trois usages différents, mais un même fil conducteur, celui de l’efficacité thermique et du confort naturel.
L’objectif étant de réduire au maximum les besoins énergétiques grâce à un éclairage LED à faible consommation, et des principes de ventilation et de protection au rayonnement solaire qui limite l’usage des climatisations.
Un CDC au gré de l’environnement naturel
Doté d’une architecture bioclimatique unique en son genre sous nos cieux, le Centre de Développement Communautaire (CDC) s’érige dans un environnement agréable à vivre.
L’espace s’organise autour d’une cour intérieure verdoyante, bordée de deux bâtiments parallèles aux façades rythmées par des persiennes en bois et des pergolas recouvertes de végétation grimpante.
La lumière naturelle y circule librement, adoucie par les ombrages des auvents, tandis que la ventilation naturelle assure une fraîcheur constante, réduisant ainsi le recours à la climatisation. Palmiers, plantes locales et allées paysagées composent un cadre paisible où se mêlent modernité et respect de l’environnement. Chaque détail semble dicté par une observation minutieuse du climat chaud et aride du pays. Pour éviter la surchauffe des bâtiments, plusieurs solutions ingénieuses ont été mises en place : ventilation naturelle, toitures à double peau ventilée, terrasses isolées, …etc. Autour des bâtiments, les plantations des abords— à travers l’installation de treilles et de plantes grimpantes — crée un ombrage naturel et adouci la température. Et ce n’est pas tout. Des murs doubles – briques cuites dehors, parpaings remplis de terre dedans– et séparés par un vide technique régulent eux aussi la température.
Tout est pensé pour faire de la structure un lieu de rencontre et d’échange à la fois écologique et agréable pour les habitants, les enfants, les associations de ce secteur de Balbala.
Une brigade de gendarmerie sobre en énergie
Un peu plus loin, une autre structure attire l’œil. Il s’agit d’une brigade de gendarmerie.
Le site, situé en bordure d’un axe fréquenté, dévoile un bâtiment aux lignes sobres, en forme de “L”, avec de larges débords de toiture et des brise-soleil verticaux en façade.
Ici aussi, chaque orientation a été étudiée : les façades les plus exposées à l’ouest et au sud sont presque aveugles, tandis que celles tournées vers le nord et l’Est s’ouvrent largement, captant les vents dominants.
En s’avançant sur l’esplanade, on remarque la fraîcheur relative de l’air malgré la chaleur extérieure.
Le secret réside dans une série de dispositifs mis en place dans l’enceinte de cette structure de sécurité. Il s’agit de lanterneaux ouverts, sas ventilés entre les blocs, isolation renforcée sous les toitures en béton, et une barrière végétale plantée autour du périmètre. Une végétation formant non seulement une ceinture verte protectrice contre le vent chaud du Khamsin, mais également un rempart contre les rayons du soleil.
L’intérieur, organisé autour d’un hall central de grande hauteur, bénéficie d’une ventilation naturelle permanente. Les espaces de repos sont orientés à l’écart des expositions les plus sévères, et les matériaux choisis – béton isolé, briques alvéolées et enduits clairs – participent à l’efficacité thermique.
La lumière naturelle entre partout, tamisée par des claustras et des lames de bois, offrant un confort visuel apaisant. La brigade de Gendarmerie de ce secteur, à la fois fonctionnelle et sobre, se distingue par son intégration dans le paysage urbain.
Un marché bâti selon les lois de la nature
Non loin de là, se dresse la structure la plus singulière du projet. Un équipement marchand bioclimatique. Il s’agit d’un imposant bâtiment public destiné à accueillir les activités commerciales locales.
De loin, l’œil est attiré par la succession de coupoles en béton armé qui rythment la toiture. Ces formes arrondies, inspirées de l’architecture sahélo-saharienne, ne sont pas qu’un hommage esthétique : elles participent pleinement au rafraîchissement naturel du lieu.
Sous les voûtes, l’air circule librement et le rayonnement solaire sur la toiture est limité par une peinture de type « cool-roof ». L’allée centrale, plus haute que les espaces latéraux, crée une dépression naturelle qui attire l’air chaud vers le haut et le rejette par des ouvertures grillagées. Les façades ouvertes permettent la ventilation croisée, tandis que la couleur claire des murs renvoie la lumière sans accumuler la chaleur.
L’ambiance y est particulière. Le bâtiment semble vivre au grès des vents. Les étals, bénéficient déjà d’une température plus douce que l’extérieur.
Une performance obtenue uniquement grâce à une intelligence constructive fondée sur les lois de la nature.
L’architecture en symbiose avec le climat
En observant ces trois réalisations, l’on remarque que le bio-climatisme s’impose comme une évidence. En effet, loin d’être un luxe, on relève ici du bon sens architectural que l’ADDS et l’AFD ont choisi dans le cadre de ce projet ambitieux. Les matériaux utilisés traduisent cette approche pragmatique. La brique cuite, légère et isolante, limite les transferts de chaleur.
Les parpaings remplis de terre, bon marché et à forte inertie, stabilisent la température intérieure. Le béton armé, omniprésent, assure la solidité structurelle, tandis que le basalte local sert de matériau d’aménagement : bancs, bordures, murets, ou éléments de mobilier urbain.
Ces choix ont aussi permis de recourir largement à la main-d’œuvre locale, selon la méthode HIMO (Haute Intensité de Main-d’œuvre), créant ainsi des emplois et une dynamique économique dans les quartiers mêmes où les infrastructures s’implantent.
La végétation pour protéger les infrastructures contre la chaleur
Autour des bâtiments, les espaces extérieurs ont été pensés avec la même rigueur que les surfaces bâtis. Des arbres plantés autours des infrastructures permettent non seulement de les protéger des rayons du soleil mais de filtrer également les vents chauds en vue d’un rafraichissement permanent des lieux.
Les zones de détente et les aires de jeux ne sont pas en reste. Ils bénéficient d’une orientation stratégique qui favorise la circulation de l’air. Cette conception paysagère crée de véritables microclimats urbains, réduisant la chaleur ambiante et améliorant le confort d’usage des espaces publics.
Il est à noter que l’eau, ressource rare à Djibouti, est utilisée avec précaution. Les toitures de ces infrastructures publiques sont équipées de systèmes de récupération des eaux de pluie qui alimentent les plantations via des bacs d’irrigation intégrés au patio et aux jardins. Un geste écologique simple, mais déterminant pour la durabilité du projet.
Ces réalisations donnent au concept, un modèle de développement urbain intégré, où les infrastructures répondent à la fois aux besoins socio-économiques et climatiques.
Le PDUI2, avec ses structures aux architectures bioclimatiques répond à une logique de résilience urbaine. En effet, dans un contexte de changement climatique et de hausse des coûts énergétiques, concevoir des bâtiments capables de se réguler naturellement devient une nécessité. Et les résultats thermiques obtenus dans le domaine de l’économie d’énergie plaident pour une généralisation du modèle.
En tout cas, dans le cadre de ce projet de restructuration des quartiers Layabley et Moustiquaire l’ADDS a donné corps, les premiers signes annonçant que l’architecture urbaine de demain sera en parfait accord avec le climat.




















