Partenaire historique du gouvernement Djiboutien, l’Agence Française de Développement (AFD) accompagne depuis plus d’un demi-siècle les transformations économiques, sociales et urbaines du pays. Dans cet entretien, M. de Guerpel Eric, Directeur de l’AFD à Djibouti, revient sur les orientations stratégiques, les enseignements de cinquante années de partenariat et les perspectives d’une coopération appelée à se renforcer au service du développement urbain et social de Djibouti.
Djibouti est une ville dynamique mais confrontée à de nombreux défis. Quelle est l’approche stratégique de l’AFD?
M. de Guerpel Eric : Djibouti est un territoire plein de promesses mais soumis à de fortes pressions urbaines et climatiques. La ville concentre près de 75 % de la population nationale et connaît une croissance continue. Cette dynamique offre des opportunités économiques mais impose de relever simultanément des défis majeurs : extension rapide des quartiers informels, accès inégal aux services essentiels, vulnérabilité face aux aléas climatiques. Depuis plus de cinquante ans, l’AFD accompagne l’État et les collectivités pour bâtir une ville plus inclusive, résiliente et durable. Notre approche dépasse les seuls aspects infrastructurels : nous intégrons systématiquement les dimensions sociales, économiques et environnementales, conformément aux ODD et à l’agenda international de la coopération française.
Comment cela se traduit-il concrètement sur le terrain, notamment pour le PDUI2 ?
Le PDUI2 illustre parfaitement notre vision intégrée. À Layabley et Moustiquaire, nous travaillons en co-construction avec les populations et les autorités djiboutiennes, notamment le Ministère de la Ville et de l’Habitat, le Ministère de la Culture et le Ministère des Affaires Sociales, sous le leadership de Mme Ouloufa Ismail Abdo, via l’Agence Djiboutienne de Développement Sociale (ADDS), dont le rôle est central dans la mise en œuvre et le suivi des projets urbains. Nos interventions renforcent également la résilience climatique : infrastructures adaptées aux épisodes de sécheresse et d’inondation, espaces publics végétalisés et bâtiments bioclimatiques. Ces initiatives contribuent à l’inclusion sociale, à la participation citoyenne et à la qualité de vie des habitants.
Comment l’AFD coordonne-t-elle l’ensemble de ses projets à Djibouti ?
Notre portefeuille compte aujourd’hui plus de 25 projets. La coordination globale est assurée avec le Ministère de l’Économie, des Finances et de l’Industrie (MEFI) via la Direction des Financements Extérieurs (DFE), pour garantir cohérence, synergies et alignement avec le Plan National de Développement.
Nous nous coordonnons également, en étroite collaboration avec les ministères sectoriels, avec les autres partenaires techniques et financiers, en particulier sur les sujets d’urbanisme, d’eau et d’assainissement, ainsi que sur la réforme des finances publiques, toujours sous la supervision du MEFI.
Quels enseignements tirez-vous de ces cinquante années de partenariat?
Le développement urbain doit être intégré et durable : il ne suffit pas de réaliser des infrastructures, il faut également assurer leur entretien, renforcer la participation des collectivités et inclure les populations dès la conception. L’adaptation au changement climatique et la résilience des communautés sont au cœur de nos priorités.Il est aussi devenu clair que la décentralisation et le développement dans les régions sont essentiels, comme le montrent nos initiatives pour les Écoles rurales intégrées et le projet ADIL. Enfin, notre partenariat illustre comment la France, à travers l’AFD, contribue concrètement aux ODD, en plaçant les habitants et les autorités locales au centre de tous les projets.
Quelle vision pour l’avenir ?
Dans cette période difficile pour la solidarité internationale, l’AFD continuera à soutenir les autorités djiboutiennes pour construire une ville où croissance économique, inclusion sociale et résilience climatique avancent de concert. La phase 3 du PDUI est déjà en cours et prévoit de nouveaux équipements marchands, la construction d’une brigade de gendarmerie spécialisée sur les violences basées sur le genre et sur les enfants, ainsi que la poursuite des actions de formation et de cohésion sociale.
« C’est dans cette approche intégrée – où l’urbain, le social et l’économique avancent de concert – que se révèle toute la profondeur de notre partenariat avec Djibouti. Bâtir la ville de demain, c’est avant tout permettre à chacun de s’approprier son quartier, de trouver sa place et de participer pleinement à la vie de la cité. »




















